Ma position sur la vente aux enchères de migrants d’Afrique subsaharienne, comme esclaves, en Libye est très claire. Regardons les choses en face ! Qui sont ces jeunes gens qui sont vendus pour moins de 800 dollars, en Libye ? Ce sont ces jeunes congolais, gabonais, ghanéens, guinéens, ivoiriens, maliens, nigérians, sénégalais, somaliens, tchadiens, etc. qui fuient leurs pays, pour se lancer, en toute connaissance de cause, sur les routes de la mort ,dans le désert libyen, en espérant passer en Europe, après, croient-ils, avoir affronté et vaincu cette mort qui les attend sur la méditerranée.

Ces jeunes savent très bien ce à quoi ils doivent s’attendre, ils ne sont ni suicidaires, ni fous. Mais ils se lancent sur ces routes incertaines et affrontent ces vents impétueux, le refrain du raggaeman ivoirien, Ismaël Isaac, en tête : « Plutôt la mort dans la mer, que la honte devant ma mère ».

Pourquoi ces jeunes choisissent librement d’aller affronter la mort dans le désert, d’aller braver les kidnappings de groupes terroristes, de courir le risque d’être arrêtés par des milices djihadistes, de se faire vendre pour moins de 800 dollars, alors qu’ils ont pu rassembler entre 1 et 2 millions FCFA, dans leurs pays d’origine ?

La réponse est simple. Si ces jeunes d’Afrique subsaharienne prennent cette décision radicale et extrême, à la limite du suicide volontaire, c’est simplement parce que dans les pays d’où ils proviennent, les dirigeants n’ont pas de solutions aussi bien immédiates que durables pour eux. L’on va chercher à culpabiliser ces jeunes, les traiter d’inconscients qui veulent juste prendre une photo sur les champs Elysées, mais ma position à la limite simpliste est : si vous pensez que tous ces risques que prennent ces jeunes, c’est juste pour aller prendre un selfie devant l’Arc de triomphe, à Paris, alors construisez aussi des arcs de triomphe dans vos pays et vous verrez s’ils n’iront pas sur la mer, tant que vous n’aurez pas créé des emplois rémunérés et sécurisés.

S’ils partent, alors qu’ils auraient pu commencer un business dans leurs pays, avec cet argent, c’est parce qu’ils savent que le système ne les protège pas. Parce qu’ils savent qu’avec 2 millions de nos francs, ils seront condamnés à vivre d’un petit commerce hasardeux, quand dans une politique détestable qui n’offre d’autres possibilités aux pauvres, que le commerce informel, un ministre arrogant, viendra casser leurs installations, au motif qu’elles sont anarchiques.

J’accuse nos dirigeants d’Afrique subsaharienne qui ont échoué à proposer du boulot à leurs jeunes et qui se complaisent béatement dans des chiffres flatteurs des agrégats macro-économiques faits de taux de croissance qui frôlent les deux chiffres, mais qui dans la réalité, cachent sournoisement la mauvaise répartition des richesses.

J’accuse nos dirigeants d’Afrique subsaharienne qui ont échoué à faire rêver les Africains, alors qu’ils citent le rêve américain dans leurs discours populistes, et qui trichent sans honte, ni dignité, sur les chiffres du chômage dans leurs Etats, juste pour faire les yeux doux aux institutions de Breton Woods.

J’accuse nos dirigeants d’Afrique subsaharienne qui ont échoué à créer un cadre de vie sain, et qui se complaisent à brandir des grands travaux dont l’utilité souvent le dispute à la qualité.

J’accuse nos dirigeants d’Afrique subsaharienne dont la politique de la jeunesse consiste très souvent à déclarer, dans des discours pompeux et vides, que « l’avenir du pays appartient à la jeunesse », (comme si un avenir pouvait appartenir autrement qu’aux jeunes) et qui n’ont aucune stratégie réelle de formation de qualité dans nos universités (à preuve, presque tous envoient leurs enfants étudier dans des universités occidentales), encore moins de création d’emplois, pour nouveaux diplômés, pour ne même pas évoquer la création d’emplois pour non diplômés.

J’accuse nos dirigeants d’Afrique subsaharienne qui restreignent les libertés individuelles, notamment la liberté d’expression et qui de ce fait, étouffent les jeunes, qui ont besoin d’espaces et de cadres d’expression, sans se voir arrêtés ou menacés.

J’accuse enfin nos dirigeants d’Afrique subsaharienne qui, quoiqu’étant informés de cette situation absolument intolérable (je rappelle que les premiers rapports de l’Organisation internationale de la migration, sur ce commerce indigne, remontent à avril 2017), ont fermé hypocritement les yeux, sur cette affaire. C’est une honte, c’est pitoyable, c’est pathétique !

Je regarde nos dirigeants d’Afrique subsaharienne, droit dans les yeux et je leur dis : les esclavagistes qui sévissent en Libye sont condamnables, ils sont à arrêter, à condamner et à envoyer à la potence. Mais comment doit-on appeler des dirigeants qui, faute d’offrir des perspectives d’avenir à leurs jeunesses conduisent ces jeunes dans l’incertitude du Sahara et les jettent dans les bras des esclavagistes ? Comment doit-on vous appeler, vous ? Oh honte ! Oh honte ! Oh honte !

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