Opérateur économique et homme de réseau, Douamba Moussa est un Ivoiro-burkinabè qui ne laisse personne indifférent au sein de la communauté burkinabè  où il compte admirateurs et ‘’pourfendeurs’’. A  48 heures de l’élection au poste de délégué Csbe, il a bien voulu s’ouvrir à informateur.info pour parler de son expérience d’ancien délégué, des difficultés inhérentes à la fonction et, in fine, prodiguer des conseils aux futurs délégués. Entretien

 

  • Informateur.info: Vous êtes ancien délégué Csbe, le 1er juillet 2018, va se tenir l’élection des délégués Csbe d’Abidjan et d’autres localités du pays ; que pouvez-vous déjà dire à ce niveau ?

Douamba Moussa: Je voudrais d’abord féliciter les autorités diplomatiques au niveau du Burkina et les autorités consulaires au niveau de la Côte d’Ivoire. Les féliciter, parce que par le passé, il n’y avait pas d’élection et il arrivait qu’un délégué fasse plusieurs mandats. C’est donc  une bonne chose de procéder au renouvellement des mandats de délégués avec  de nouvelles têtes élues.

  •  Vous avez été délégué Csbe sur quelle période ?

J’ai été délégué Csbe de 1998 à 2011. Cela fait donc plus de 13ans. J’ai été désigné en 1998 et élu en 2007, parce qu’il faut dire qu’au début, ce sont les autorités diplomatiques (l’Ambassadeur et le Consul général) qui désignaient les délégués ; vous comprenez donc que c’était sur la base des affinités que ces derniers étaient cooptés. Ce n’est qu’à partir de  2007 qu’on a commencé à élire les délégués Csbe au suffrage direct.  Après mon élection, j’ai démissionné en 2011 pour des raisons qui me sont propres. En réalité, j’ai démissionné de toutes mes fonctions au niveau de la communauté pour des raisons que beaucoup connaissent. J’ai donné 31 ans de ma vie au service de la communauté et pendant cette période, j’ai reçu beaucoup de coups et je n’en pouvais plus ; j’ai dû jeter l’éponge. J’ai pris la décision de prendre du recul pour observer et voir si ceux qui me donnaient les coups pouvaient faire mieux que moi. Et je continue d’observer, cependant, par moments, lorsque je suis sollicité par les autorités qu’elles soient  diplomatiques, consulaires ou coutumières, j’apporte mon concours pour accompagner  cette grande communauté.

  • Vous avez passé 13 années à la tête de la délégation, quelle action forte pouvez-vous  revendiquer, à l’heure du bilan ?

Avant de vous répondre, je voudrais rappeler que j’ai été aussi délégué consulaire et ce, pendant une année et là aussi, j’ai démissionné  parce que je ne me sentais pas bien dans la peau de délégué consulaire. En tant que délégué Csbe, je peux revendiquer de nombreuses actions et  réalisations, notamment, le fait qu’on élise aujourd’hui, les délégués Csbe. Je crois humblement mais non sans conviction que c’est à mettre à mon crédit et je ne pense pas que quelqu’un puisse le contester. Je me suis battu pour qu’on puisse mettre le vote en place. Jai voulu par mes actions, que je ne saurais lister ici de manière exhaustive,  redorer l’image du délégué Csbe. C’est une fonction qui demande de gros sacrifices mais en même temps, il est écrit que la communauté doit assister le délégué dont elle doit prendre en compte le déplacement au Burkina pour assister à l’Assemblée. Mais cela ne se fait jamais, personne ne cotise. J’ai vu des délégués, je ne citerai pas de nom, puisque mon intention n’est pas d’humilier, mais de regretter une situation,  demander de l’aide pour se rendre au Burkina. Le problème, en réalité, c’est que beaucoup de personnes postulent parce qu’elles pensent qu’il n’y a des avantages, je voudrais leur dire qu’il n’y a aucun avantage matériel ou financier à tirer de cette fonction qui relève du sacerdoce le plus achevé. C’est du pur bénévolat. Il est donc difficile voire impossible d’être délégué Csbe si on n’a pas les moyens. Il convient toutefois de dire que l’élection ne concerne pas Bouaké et Soubré qui ont gardé l’ancien système de la désignation. Mon ami de Bouaké,  Yacouba est délégué depuis 1994. C’est en violation de tous les textes. Le délégué ne fait que 2 mandats, pas  3 ou 4. Tout à l’heure vous m’avez demandé ce que j’ai pu faire, j’ai mis en place la coordination des délégués Csbe d’Abidjan qui regroupe 16 délégués (il y en a 13 maintenant, ndlr). L’élection s’est déroulée à Bouaké et c’est moi qui ai été élu. Mais, les autorités diplomatiques de l’époque avaient leur candidat, on avait voulu me barrer le chemin mais j’ai été élu par  mes pairs. Je ne sais pas ce qu’est devenue cette coordination. J’ai mis en place l’Union des agriculteurs,  planteurs et éleveurs          d’origine burkinabè en Côte d’Ivoire.

  • Qu’est devenue cette union dont on entend plus parler?

La structure a été officiellement reconnue mais tenez-vous bien,  cela n’a pas empêché mes adversaires de nous combattre et de faire finalement tout capoter. Aujourd’hui encore, je suis incapable de vous donner  les raisons qui les ont motivés. J’ai aussi eu l’idée de mettre en place la Chambre des hommes d’affaires ivoiro-burkinabè, parce que je pense qu’on ne peut pas mettre en place une telle structure en excluant les ivoiriens, nos hôtes. Les Français l’ont fait, les Libanais aussi, pourquoi pas les Burkinabè ? Lorsque j’ai présenté le projet, j’ai été encouragé. D’ailleurs,  la Chambre de Commerce de Côte d’Ivoire, de même que le Port autonome d’Abidjan étaient prêts à nous soutenir. Malheureusement, les diplomates burkinabè en Côte d’Ivoire, notamment l’ancien Ambassadeur, ont saboté le projet. J’ai aidé beaucoup de jeunes burkinabè à avoir un emploi. J’ai créé une micro-finance nommée Diaspora Finance, qui était bien partie, mais là encore, on a tout fait pour nous créer tous les problèmes, parce que la tête de M. Douamba ne plaît pas à  certains. On a informé et mis en lumière les intrigues dont l’épicentre se trouvait au Consulat et à l’Ambassade. Nous avons prévenu que les plus grands perdants seraient les épargnants. Personne ne s’est occupé de mes plaintes et le résultat est là : la micro-finance a mis la clé sous le paillasson. Mes prédictions se sont réalisées, hélas.

  •  Parmi les candidats, il y a une seule femme ; quel commentaire pouvez-vous faire à ce propos ?

Je voudrais féliciter les 19 candidats, surtout la dame, Mme Sonia Kaboré. Je voudrais aussi  lancer un appel aux électeurs et les inviter à élire cette dame. Les autres, je connais la majorité, mais je ne puis appeler à voter pour qui que ce soit. Nous avons appelé à voter Mme Séka à l’époque, pourtant j’étais candidat moi aussi. Il faut faire en sorte qu’il y ait une femme parmi les délégués.

  • Quelle raison soutient votre appel à voter Mme Sonia Kaboré?

Généralement, les femmes ne convoitent pas ces postes. Si elle le fait, elle a ses raisons  mais je pense qu’elle mérite d’être soutenue. J’ose espérer qu’elle a les moyens d’assumer cette charge. Parce que si vous n’avez pas les moyens, si vous êtes chômeur, je ne sais pas ce que vous pourrez faire une fois élu. Ce n’est pas pour les ‘’plaisantins’’.

  • Pouvez-vous nous dire qui peut être délégué Csbe ? Une sorte de portrait-robot.

Le délégué Csbe selon les textes, doit être quelqu’un qui exerce dans le privé, de profession libérale, qui doit être  disponible et avoir les moyens pour se prendre en charge. Il doit être lettré et savoir parler le français pour défendre les intérêts de ses compatriotes auprès des autorités du pays d’accueil. Il ne doit pas ‘’gratter’’ la tête devant quelqu’un pour demander de l’aide. Il doit être propre, bien s’habiller et avoir de la tenue. Mais le plus important c’est qu’il ait le minimum, parce que si vous roulez en ‘’woro woro’’, comment voulez-vous qu’on vous respecte. Dès lors, les électeurs sont appelés à élire les gens sur des bases objectives et non parce que untel est de mon village ou de ma région, je vais lui donner ma voix. Certains ramassent les votants pour venir les élire, mais après, il va vous défendre comment, s’il n’a pas les moyens ? Le profil du délégué peut se résumer en quelques mots : disponibilité et capacité à se prendre en charge. De plus, il doit avoir sa permanence, un peu comme un député, un numéro de téléphone, un petit secrétariat. Sinon, si demain on l’attend quelque part pour défendre un compatriote et qu’il est dans les ‘’woro woro’’ en train de traîner, c’est qu’il y a un problème. La vérité, c’est qu’il représente l’Ambassade et le Consulat général du Burkina en Côte d’Ivoire. En gros, le candidat qui n’a pas les moyens, ce n’est pas la peine qu’il postule.

  • Que pouvez-vous dire par rapport à certains qui tentent de faire entrer la politique dans cette affaire ?

C’est dommage. La politique n’a rien à faire dans l’élection d’un délégué. C’est une fonction apolitique. J’ai appris qu’il y a un parti  politique que je ne citerai pas, qui a écrit à Divo pour demander le report du scrutin dans cette ville. De quel droit un parti politique s’immisce dans une élection de délégués Csbe ? C’est  contre les textes. On peut craindre, à terme,  la politisation du CSBE. Je suggère donc que ceux qui sont élus se déchargent de leurs fonctions politiques.J’en profite pour lancer un appel aux autorités diplomatiques et consulaires pour leur demander de changer leur regard sur le délégué Csbe. J’ai été délégué Csbe et je sais de quoi je parle ; une fois élu, vous êtes abandonné. Ce n’est pas  bon. On nous dit que c’est du bénévolat, mais lorsqu’il y a un financement, de grâce, que l’on remette au délégué ce qui lui revient. L’OIM (l’Office international de la migration) a mis en place un fonds pour le recensement des compétences des Burkinabè de l’Etranger. Où  en est ce financement ? Personne ne sait. On a préféré éviter les délégués Csbe pour faire le travail à leur place. Résultat des courses : jusqu’aujourd’hui, personne n’a pu faire le répertoire des Burkinabè de l’Etranger.

  • Quels conseils avez-vous à donner, on termine là-dessus, à ceux qui seront élus ?

Je voudrais dire au futur délégué de se mettre en mission dès qu’il est élu. La première semaine, il doit commencer à faire son plan d’actions sur six mois ou un an. Elaborer un plan de communication, budgétiser ses activités. Il doit, en outre, pouvoir aller vers ceux qui  sont susceptibles de le financer. Moi je l’ai fait. Pendant mon dernier mandat, j’ai  sollicité une personne qui m’a donné un million de FCFA pour me rendre au Burkina. Je l’ai signalé à nos autorités diplomatiques. Il faut donc être transparent et avoir un bon carnet d’adresses, ça c’est capital, parce qu’on a toujours besoin d’un soutien. Cela dit, je voulais dire aux futurs délégués que ma porte est ouverte pour des conseils et, éventuellement, les aider à trouver des personnes ressources pour les soutenir et faciliter leur mission. Je suis ivoirien et burkinabè et je pense que je dois servir mes deux nations et c’est ce que je fais, modestement. Au final, je voudrais demander à mes compatriotes de faire attention. Si cette élection se passe dans le désordre, cela pourrait servir de prétexte au pouvoir MPP pour bloquer le vote de la communauté en 2020. Ne donnons pas des verges aux autorités pour nous flageller. Conduisons-nous le dimanche 1er juillet de manière exemplaire. Ce n’est pas le moment de mettre en exergue nos divisions.

Réalisée par René Ambroise Tiétié

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