@Informateur.info- Ce vendredi 08 février 2019, le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro a rendu sa démission de son poste lors d’une session extraordinaire à l’hémicycle.

L’émotion était palpable, ce vendredi 08 février 2019, dans les travées de l’hémicycle pendant l’intervention de Guillaume Soro qui prononçait son dernier discours en tant que président de l’institution. En des termes choisis qui ont fait la part belle à l’esthétique autant qu’au ressenti de l’orateur, le futur ex-président de l’Assemblée nationale a délivré un message dense qui  ne laisse aucune place, ni à la rancœur, ni à la rancune. Petit florilège : «Je ne suis pas homme à m’accrocher, comme un saprophyte, à un poste. On ne peut risquer la paix parce que l’on veut conserver son  poste», a-t-il indiqué ; avant de faire cette autre déclaration. «Je veux que, de moi, mes concitoyens, mon épouse, mes enfants, ma famille, mes collaborateurs, mes proches, mes compagnons, et je pense ici au Député Alain Lobognon, et les autres proches, en ce moment, en prison, retiennent le souvenir d’un homme de conviction, debout face aux lendemains, même incertains», a-t-il souhaité.

Puis, sentencieux, il a eu ces mots qui montrent toute sa détermination. «Je suis homme à croire plus au jugement de l’histoire qu’au jugement des hommes», a assuré Bogota, stoïque et fier. Acta est fabula, la pièce est terminée, auraient dit les Latinistes. En effet, pour l’ancien PAN, une page vient de se refermer. Un pan de sa vie. Mais, comment en est-on arrivé à cette extrémité? Comment le fils ‘’prodige’’ est-il devenu l’homme à ‘’abattre’’? Celui à qui il fallait arracher le ‘’tabouret’’, selon la malheureuse formule du ministre Adama Bictogo.

A(re)lire Passe d’armes RDR-Soro: Comment ne pas pointer la responsabilité d’Alassane Ouattara

Pour comprendre ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale ce vendredi, il ne serait pas inutile de remonter le temps. Jusqu’au 19 septembre 2002, date fondatrice, s’il en est. Ce jour-là était attaqué le régime Gbagbo, coupable d’avoir repris à son compte le vénéneux concept de l’ivoirité qui avait conduit au quasi ‘’bannissement’’ politique du Dr Alassane Ouattara interdit de se présenter à l’élection présidentielle au motif que l’ancien Premier ministre du président Houphouët-Boigny n’était pas suffisamment ivoirien aux yeux d’une certaine classe politique pour prétendre à la fonction suprême. C’est contre cette criante aberration que se sont élevés Guillaume Soro et ceux qui ont pris les armes ce 19 septembre-là. Il s’agissait de mettre en place un nouvel ordre politique moins ‘’ségrégationniste’’ et donc plus inclusif. Précisément, il fallait permettre au mentor du RDR de postuler à la présidence de la République. Héraut de ce combat, Guillaume Soro n’a pas failli et l’a mené jusqu’au bout, au prix de sa vie. Résultat, grâce à l’action de l’ex-rébellion qui a lutté pied à pied avec le défunt pouvoir de la refondation, Alassane Ouattara a pu être autorisé à être candidat à la présidentielle 2010, après maints reports qui n’ont pas entamé la détermination de Soro et ses hommes.

Mais, voilà que l’élection terminée, le même Soro a été encore amené à peser de tout son poids pour que la victoire de Ouattara soit reconnue et qu’il puisse prendre fonction. Homme de mission, comme il se définit, bien volontiers, l’ancien Secrétaire général des ex-Forces nouvelles dut prendre fait et cause pour son aîné qui a pu compter sur son sens du devoir et son engagement pour jouir de sa victoire. De sorte qu’au moment où, sous la pression du même Alassane Ouattara, le même Guillaume Soro est quasiment mis en demeure de ‘’libérer le tabouret’’, l’on ne peut ne pas se rappeler 2002 et 2010, deux années majeures dans l’accession du président de la République au pouvoir d’Etat. Alors, on peut se dire, à par soi, que Soro ne méritait sans doute pas d’être poussé dans le dos, mais c’est la loi du genre, on n’est jamais trahit que par les siens.

Le désormais ex-PAN l’a tellement compris qu’il n’a pas fait de vagues. Fataliste, mais pas défaitiste, il a préféré partir la tête haute. Avec panache. Alors qu’il aurait pu plier l’échine et implorer la clémence du ‘’père’’ qui n’attendait que ça, à la vérité. C’est en cela que la démission de Bogota est une leçon de courage au personnel politique ivoirien si enclin aux petits arrangements et aux compromissions. Le mérite de Soro n’est pas moindre. Assurément.

Alexandre Lebel Ilboudo

Articles connexes

Leave a comment