Exilé en Côte d’Ivoire, chez ses beaux parents, depuis sa démission du pouvoir Burkina Faso  fin octobre 2014 sous la contrainte de la rue, il est reproché à  l’ex- président du Faso, par ses compatriotes de Côte d’Ivoire d’être un homme distant. Très distant même, à leurs yeux.

C’est que menant  désormais une vie quelque peu  récluse, Blaise Compaoré s’autorise néanmoins certaines activités politiques en terre ivoirienne au détriment d’un réel contact avec la communauté Burkinabè en Côte d’Ivoire. Cette masse électorale dont il s’était curieusement rappelé au soir de son dernier mandat qu’il fallait autoriser à voter. En effet, depuis qu’il vit à Abidjan, Blaise Compaoré n’ouvre régulièrement ses portes qu’aux caciques de son parti politique, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) dont il demeure officiellement le président d’honneur. Un peu comme son tuteur Alassane Ouattara qui occupe la même fonction du côté du Rassemblement des Républicains (RDR) depuis le dernier congrès de son parti le 10 septembre dernier.

Ainsi, Blaise Compaoré a reçu au moins une dizaine de fois, en trois ans, plusieurs membres de la direction de son parti, notamment Achille Tapsoba et Théodore Zambendé. Les membres de la Coalition pour la Démocratie et la Réconciliation (Coder) ont été reçus dans le salon feutré de sa cossue résidence de Cocody. Selon nos sources, les frais  d’hôtel de ses hôtes sont toujours assurés par l’ex-PF qui, même n’étant plus aux affaires, reste le grand manitou. Un manitou à qui rendent aussi régulièrement visite les anciens ministres en exil et quelques amis de la haute classe triés sur le volet. On  rencontre régulièrement chez lui les anciens ministres tels, Justin Koutaba, Boureima Badini, mais également des hommes d’affaires comme le célèbre couturier Pathé Ouédraogo. Il y a trois semaines avant son départ en congé au Maroc où il restera jusqu’en mi-décembre, Blaise Compaoré recevait encore Achille Tapsoba, et Léonce Koné. Eddy Komboingo qui avait effectué le voyage avec les deux cités avait dû retourner mécontent, faute d’accord  pour une reprise de la direction du CDP par lui.

  • «Il n’a aucun projet pour la diaspora, mais pour le CDP»

Ce ballet d’hommes politiques de l’opposition burkinabè chez Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire a fini par convaincre la diaspora qui le croyait en ‘’congé’’ de la politique, qu’il n’en est rien. «Si Blaise peut recevoir des hommes politiques du Burkina chez lui à la maison, c’est qu’il peut aussi communier avec la diaspora», lance Sanou Alain, opérateur économique. Et d’ajouter : «Il a été avec les gens qu’il reçoit aujourd’hui pendant 27 ans et même plus mais il continue de trouver du temps pour eux et eux seuls. Moi, personnellement je pense que la diaspora ne doit rien attendre de ce monsieur»

Mais que peuvent bien attendre de Blaise Compaoré, ses compatriotes en Côte d’Ivoire? De l’avis des uns et des autres, il est attendu sur le terrain apolitique. Bien de leaders de la société civile avec qui nous avons échangé pensent que Blaise peut impulser une bonne organisation à la communauté. «Il suffit qu’il veuille bien lancer des messages de solidarité, d’union et de fraternité à la diaspora», estiment –ils. Mais  quel pourrait être le cadre d’émission de tels messages si l’homme reste distant d’une communauté qui l’adule pourtant. D’où la frustration ressentie par certains du fait de ce qui frise le mépris de la part de l’ex-PF. On est alors tenté de dire que Blaise qui a vécu 27 ans de pouvoir loin du réel vécu de son peuple, tient encore dans sa vie de «retraité actif», maintenir ses distances avec le ‘’réel vécu’’  de la diaspora. Et les choses resteront ainsi tant qu’il n’y aurait pas des visées électoralistes au profit de sa formation politique. La diaspora n’est donc bonne qu’à deux variables : sa contribution financière au développement du Burkina et la convoitise de son suffrage.

Jean François Fall

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