L’avant-projet de loi portant sur le code électoral proposé par le gouvernement burkinabè  ne fait pas l’unanimité ; ni au sein de la classe politique, ni au niveau de la société civile. Les uns et les autres estiment, en effet, que ce nouveau projet de loi est non avenu et comporte des insuffisances qui le rendent ‘’suspect’’ à leurs yeux. Décryptage.

C’est le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), Zéphirin Diabré, qui fut l’un de ceux qui, les premiers,  ont  sonné la charge. De fait, l’ancien ministre de Blaise Compaoré, a trouvé que ce texte représentait un ‘’net recul pour la démocratie’’. Et cela, après une analyse rigoureuse de l’avant-projet de loi dont il a pointé les failles. Primo, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), fruit de longues années de lutte de l’ancienne opposition, sera dissoute dans le nouveau projet.  Secondo, le ministère de l’Intérieur revient dans l’organisation des élections. Or, en Afrique,  la tendance est à la mise à l’écart de l’Administration que l’on sait politisée sous les tropiques. Tertio, la constitution sur laquelle doit s’adosser le code électoral est en cours d’élaboration. Quarto, le vote des Burkinabè de la Diaspora qui était consacré par le code électoral en vigueur, est menacé par le nouveau projet. Au regard de toutes ces  observations, il est clair que le gouvernement ambitionne de ‘’tailler’’ un code électoral à sa mesure. Autrement, l’on comprend mal que l’Administration revienne dans l’organisation des élections alors que la CENI s’acquitte bien de cette mission. Que reproche donc le nouveau pouvoir à cette commission ? De plus, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le régime veut précipiter les choses, puisque la Constitution qui doit porter le code électoral n’a pas encore été adoptée, ni promulguée.

–         La Constitution qui doit porter le Code électoral est en cours d’élaboration

Pourquoi, le gouvernement veut-il mettre la charrue avant les bœufs ? Que cache cette précipitation que rien, au demeurant, ne  justifie ? Mais, le point qui trahit le plus les calculs du régime, concerne le vote de la Diaspora qui pourrait être remis en cause, alors que ce vote constitue une promesse de campagne du candidat Roch Marc Christian Kaboré. Que s’est-il donc passé pour qu’il revienne sur sa parole ? Du coup, l’avant-projet de loi portant code électoral prend une ‘’coloration’’ particulière, il devient suspect aux yeux du Burkinabè lambda qui en déduit que le ‘’pouvoir prépare quelque chose’’. Comme si à ce nouveau code électoral avaient été assignés des objectifs ‘’inavouables’’. Comment  alors, ne pas penser que  le refus de voir la Diaspora voter procède du désir du régime Kaboré de ne pas prendre de risques dans sa volonté de conserver le pouvoir. Un peu comme l’ancien pouvoir qui a, de tout temps,  ignoré le vote des Burkinabè de l’extérieur pour les mêmes raisons.  La Diaspora étant généralement acquise à l’opposition.

Au final, le gouvernement gagnerait à retirer, purement et simplement, cet avant-projet de loi qui constitue, à l’évidence, ‘’un net recul pour la démocratie’’, pour paraphraser Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition. Ce serait la voie de la sagesse afin de préserver le fragile climat de paix qui prévaut dans  ce pays déjà éprouvé par moult évènements douloureux qui en ont marqué l’histoire  depuis octobre 2014, année charnière, s’il en est.

René Ambroise Tiétié

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