De passage en Côte d’Ivoire, l’honorable Bienvenue Ambroise Bakyono, député du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) à l’Assemblée nationale au Burkina Faso, a bien voulu se prêter aux questions de Informateur.info. Dans cet entretien exclusif, le parlementaire revient sur le droit de vote des Burkinabè de l’Etranger en 2020, le nouveau code électoral, et donne plus de détails sur le processus d’établissement de la carte nationale d’identité burkinabè qui va bientôt démarrer au profit de la diaspora. Entretien

  • Dans quel cadre êtes-vous en Côte d’Ivoire?

Nous sommes en Côte d’Ivoire pour une prise de contact avec la communauté Burkinabè résidant en Côte d’Ivoire. Ce sont des rencontres informelles d’information publique. Nous sommes là également pour participer à une rencontre culturelle «La nuit des Lyolo», qui est un patrimoine très important pour les ressortissants du Sanguié résidant en Côte d’Ivoire.

  • Vous êtes donc mandatés par le gouvernement burkinabè ou  par votre parti politique?

C’est une initiative personnelle, parce qu’en tant que député, nous n’avons pas besoin d’un mandat. Nous sommes des élus du peuple, des représentants du peuple pour le peuple et pour servir le peuple. Nous sommes venus sur initiative personnelle pour rendre compte de nos actions en tant que parlementaires. Dès qu’on est élu, même si c’est dans une circonscription électorale, on représente l’ensemble du peuple burkinabè. Dans ce sens, on n’est plus tout à fait partisan quand on sort du pays. C’est pour rencontrer nos compatriotes, leur expliquer notre action, leur faire un bilan à mi-parcours de notre accession au pouvoir, aborder l’actualité politique qui est le vote des Burkinabè résidant en Côte d’Ivoire, des Burkinabè en général, résidant à l’extérieur.

  • Quel est le message que vous entendez faire passer?

C’est d’abord un message de paix, de respect et de considération. Que les Burkinabè en général sachent que la mère patrie a besoin d’eux, que le Burkina Faso sait qu’ils existent, et que le Burkina Faso compte sur eux pour bâtir le pays. 80% de la diaspora burkinabè résident en Côte d’Ivoire et pèse environ 100 milliards FCFA, selon les chiffres que nous avons en notre possession. Ce qui veut dire qu’ils ont un poids économique, un poids social et un poids historique. C’est une communauté que nous devons traiter avec respect et considération. Donc nous sommes venus pour apporter ce message de solidarité, pour leur dire qu’ils doivent être unis, qu’ils doivent s’organiser conséquemment pour avoir un apport conséquent pour leur mère patrie. Nous sommes là aujourd’hui pour leur dire, que depuis 60 ans, ils n’ont jamais participé à des élections. Après la parenthèse des 27 ans de règne qui a débouché sur une insurrection populaire, la démocratie a été restaurée au Burkina Faso. C’est ainsi que le président Rock Marc Christian Kaboré, par une volonté politique, a décidé de permettre aux Burkinabè de l’étranger de voter. Donc, nous voulons leur dire que, quelques soient les difficultés, c’est un engagement ferme, cautionné par le parlement du Burkina, de faire du vote des Burkinabè de l’étranger une réalité. Nous sommes venus pour leur donner des gages d’engagement, de respect de la parole donnée, et que toutes les mesures seront prises pour que ce vote soit une réalité.

  • Le vote est, certes, désormais un acquis pour 2020, mais  vous n’ignorez pas que l’exclusion de la carte consulaire comme document de vote reste une pomme de discorde actuellement…

Cela commence par ce que nous sommes entrain de faire. Il faut se parler, communiquer, il faut s’asseoir ensemble. Nous somme partir du postulat que l’article 1 de la constitution du Burkina Faso dit que tous les Burkinabè naissent libres et égaux en droit et devoir. Le sens de notre vote, en tant que parlementaires, c’est de mettre tous les Burkinabè sur le même pied d’égalité. C’est de dire que les Burkinabè sont les mêmes. Qu’il soit au Burkina ou hors du Burkina, nous ne pouvons faire de discrimination, en permettant qu’une carte consulaire genre Côte d’Ivoire, qui est différente de la carte consulaire du Mali, différente de celle du Gabon, soit autorisée dans le sens d’un vote. L’unique  pièce nécessaire, obligatoire pour tous les Burkinabè, c’est la carte nationale d’identité burkinabè (CNIB). C’est ce que nous avons arrêté pour une question d’équité, d’égalité, de fraternité et  d’union. Un document unique et sans contestation, c’est ce que nous avons décidé, et c’est ce que nous sommes venus apporter comme message aux Burkinabè qui résident en Côte d’Ivoire.

  • Aujourd’hui, la majorité des Burkinabè de l’étranger n’ont pas de Carte nationale d’identité burkinabè. A deux ans de la présidentielle, comment le processus se fera ?

Je pense que nous avons des statistiques. Avant d’opérationnaliser ce vote, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), chargée d’organiser les élections a fait une étude. Nous avons, en ce qui concerne la diaspora en Côte d’Ivoire, à peu près un (1) million de cartes consulaires établies. Sur les 1 million, 300.000 cartes ont été établies sur la base de la carte nationale d’identité burkinabè, 150.000 ont été établies sur la base du passeport burkinabè. Donc, on a déjà 450.000 personnes dont le cas est résolu. 300.000 cartes consulaires ont été établies sur la base d’extrait de naissance ou du jugement supplétif d’acte de naissance du Burkina, et à peu près 100.000 établies avec des documents autres que ceux burkinabè. Cela veut dire que pour la moitié, y a pas de problème. Il reste peut-être les 300.000 personnes qui ont fait leur carte consulaire avec les extraits de naissance burkinabè. Eux aussi, il n’y a pas de problème de nationalité, parce qu’ils sont nés d’office sur le sol burkinabè, de père ou de mère, ils ont la nationalité. Il faut juste qu’on déploie les moyens pour leur établir la CNIB. Pour ça, le gouvernement burkinabè s’engage à faire un déploiement pour que ces Burkinabè rentrent en possession de leur CNIB. Mais, il y aura toujours une masse résiduelle. Même au Burkina, il y a des gens qui n’ont pas d’extrait de naissance, et d’autres qui n’ont pas la CNIB, il y a même des gens au Burkina qui n’ont aucun papier. C’est la même chose au sein de la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso va donc se déplacer pour aller vers les Burkinabè résidant à l’extérieur pour leur établir une pièce d’identité, de façon équitable à 2.500 FCFA, comme pour l’ensemble des Burkinabè. On ne va pas faire de ségrégation, ni de différence, ni faire de favoritisme.

  • Pensez-vous que l’opposition politique burkinabè verra les choses de cette façon?

Je voudrais rappeler que l’opposition, y compris le chef de file de l’opposition, Monsieur Zéphirin Diabré, ont tous signé le mémorandum en 2017. Ils ont proposé que la CNIB soit la seule pièce de votation. Aujourd’hui, nous sommes surpris par ce rétropédalage de ces députés, ou individus qui renient leur signature.

  • Il y a des voix qui s’élèvent au sein de la diaspora pour réclamer que la CNIB soit gratuite. Cette requête  a-t-elle des chances d’être prise en compte?

Je crois que toute carte a un coût et tout travail également.

  • Soit ! Mais au regard des circonstances on pourrait en faire une exception?

Ah ! Ça, je ne sais pas si l’État burkinabè a les ressources pour le faire, sinon pourquoi pas. Tout compte fait, c’est une question de lobbying, je préfère ne pas entrer dans ce domaine. Effectivement, il y a eu des moments où les extraits de naissance ont été subventionnés. Mais, même un état civil doit pouvoir fonctionner. Donc l’Etat a besoin de ressources, s’il en avait, pourquoi pas?

  • Finalement, quel est le sort que vous réservez à la carte consulaire ?

La carte  consulaire est fiable. Au niveau de la Côte d’Ivoire, elle va continuer de faire son petit chemin. La carte consulaire a des missions qui sont différentes de la CNIB. Une carte consulaire est dédiée aux Burkinabè qui résident en Côte d’Ivoire, qui ont leurs intérêts en Côte d’Ivoire. Moi actuellement, je n’ai pas besoin de carte consulaire, parce que je suis de passage. Mais le Burkinabè qui réside en Côte d’Ivoire, s’il retourne au Burkina avec la carte consulaire, c’est difficile. C’est une obligation pour lui d’avoir la CNIB. Le fait de posséder la carte consulaire, ne me dédouane pas  d’avoir la CNIB, qui est une obligation légale. C’est là où il y a la différence. La carte consulaire est une carte d’identification valable dans le pays de votre établissement. La CNIB est une carte universelle qu’un Burkinabè digne de ce nom doit posséder, et brandir fièrement.

  • Est-ce que le champ des opérations de la carte consulaire n’est pas réduit dans le pays hôte?

C’est aux autorités ivoiriennes d’apprécier. Ceci étant dit, c’est une des conventions internationales qui statuent les cartes consulaires dans les différents pays. Ce sont des accords de coopération qui font que les différentes autorités se «respectent». Je ne pense pas que les Burkinabè en Côte d’Ivoire soient inquiétés par rapport à ce papier. Ce qui est sûr, l’Etat burkinabè reconnaît la carte consulaire, elle est biométrique et fiable. Ce n’est pas parce qu’il y a des faux billets, que tous les billets de banque sont faux.

Entretien réalisé par Yannick Kobo

jacobblague@yahoo.fr

 

 

 

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