Opérateur économique évoluant dans le secteur de la sécurité biométrique, Bernard Bonané a aussi un pied en politique, puisqu’il est le porte-parole de la section  ivoirienne  de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) de l’ancien ministre Zéphirin Diabré, actuel chef de file de l’opposition burkinabè. C’est sous cette casquette qu’il s’est prononcé dans cet entretien sur différentes questions de la vie politique du pays des hommes intègres dont  est originaire  ce ‘’pur produit’’ de la Diaspora burkinabè.

Monsieur Bernard Bonané, le Burkina a connu un changement de régime suite aux évènements qui ont conduit à la chute du président Blaise Compaoré. Quel regard portez-vous sur ce changement ?

Permettez que je me présente avant tout propos. Je suis Monsieur Bernard Bonané, porte-parole de l’UPC section Côte d’Ivoire. Parlant du changement survenu après la chute du régime trentenaire de l’ancien président Blaise Compaoré, je voudrais dire que nous avons tous assisté à ce qui s’est passé, comment ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir ont été élus, mais laissez-moi vous dire que la majorité des Burkinabè dont je fais partie est restée sur sa faim. Il y a comme un goût d’inachevé. Comme si nous avions été bernés ; puisque, de mon point de vue, on peut dire qu’il y a eu un changement au sein du système mais il n’y a pas eu de changement de système, c’est le même système, d’autant que ceux qui sont là à présent étaient là déjà avec l’ancien président Blaise Compaoré. Dites-moi donc où est le changement annoncé et, surtout, espéré après la chute de celui-ci ? Il y a quelque chose qui cloche quelque part !

Soyez plus explicite…

Pour être plus clair, voyez l’actuel Chef de l’Etat Roch Marc Christian Kaboré. Il a été avec Blaise Compaoré pendant les 30 ans ou presque que ce dernier a passés au pouvoir. Il y a le ministre de l’Intérieur Simon Compaoré qui a été maire de Ouagadougou pendant très longtemps sous le parapluie de l’ancien régime dont il était aussi un cacique. Il y a également  le regretté Salif Diallo (paix à son âme) qui a été ‘’l’éminence grise’ du pouvoir Compaoré pendant  de nombreuses années. Toutes les décisions passaient par lui. On ne peut donc pas raisonnablement parler de changement. Dans ce cas, il aurait fallu élire de nouvelles têtes en rupture avec l’ordre ancien. Ce ne fut, hélas, pas le cas. C’est ce qui explique le sentiment de dépit et de frustration qui m’habite et qui est aussi le lot de nombreux compatriotes qui s’attendaient à un ‘’chamboulement’’, dans le bon sens.

Le ministre Simon Compaoré a été vu,  sur une vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux,  chez un député dissident  de votre parti vêtu d’un gilet pare-balles, kalach au poing. Quel commentaire vous inspire cette attitude pour le moins inhabituelle chez un ministre de la République?

(Rires) Effectivement, j’ai aussi visionné cette vidéo alors que j’étais en déplacement à Ouagadougou dans le cadre de mes activités. Mais, tout de suite je me suis dit que cela ne pouvait pas être le ministre Simon Compaoré, c’était trop gros ! Vous savez, avec internet, on peut tout faire. J’étais donc dubitatif. Puisque je pensais à un montage. Cependant,  après analyse et vérification, le doute n’était plus permis, ce n’était pas  un montage. C’était bien le 1er flic du Burkina Faso qui jouait les ‘’Django’’ au domicile d’un député de l’opposition. Et, plus grave, il tenait des propos très menaçants  à l’encontre du président de l’UPC, Monsieur Zéphirin Diabré. Je connais ce Monsieur, il y a un peu plus de 30 ans depuis l’époque de la révolution burkinabè. Et croyez-moi, mais lorsque j’ai vu la vidéo, cela m’a ramené des années en arrière. Cette vidéo m’a rappelé  ce qu’on appelait les Comités de défense de la révolution, les fameux CDR. Parce que c’est effectivement ce qui se passait il y a 30 ans. Tu avais ta kalach, tu partais chez les gens et tu faisais ton petit numéro, tu terrorisais les populations, en toute impunité. C’était comme ça. Au final, s’il est avéré que les choses se sont passées comme le montre la vidéo, je pense que le président Roch doit  absolument en tirer les conséquences en sanctionnant le fautif. Il ne peut faire autrement. C’est la crédibilité de son régime qui est en jeu, mais aussi l’image du pays.

La prochaine échéance,  c’est en 2020, croyez-vous que,  cette fois, l’UPC sera en haut de l’affiche?

Vous savez, les élections sont les élections, surtout en Afrique, mais nous, à  l’UPC,  nous allons nous donner les moyens de la victoire, si le scrutin est ouvert  et transparent  avec le vote des Burkinabè de la Diaspora, une opportunité que nous pensons être à notre portée cette fois. Dans ces conditions,  il n’y a pas de raison que notre parti ne tire son épingle du jeu. D’autant que vu le nombre des  électeurs qui composent cette Diaspora, il y a fort à parier que l’issue des élections soient déterminée par la Diaspora ivoirienne. Et là l’UPC pourrait créer la surprise. J’y crois.

Justement, parlant du vote de cette Diaspora, est-ce que c’est acquis ? N’oubliez pas que ce vote a toujours été promis à la Diaspora mais, à l’heure des comptes, ça reste un vœu pieux  même sous le défunt régime. Qu’est-ce qui vous fait croire que cette fois sera la bonne et que 2020  sera, comme on dit, ‘’l’année de votre année’’ ?

En effet, la question du vote des Burkinabè de  la Diaspora est un vieux projet, mais, il est temps qu’un terme soit mis à ce qui peut être considéré comme une injustice ou une anomalie. Parce que, voyez-vous, la norme pour tous  les pays, c’est de permettre à leurs nationaux qui sont hors du pays et qui satisfont aux  exigences du vote d’accomplir ce devoir civique capital pour l’enracinement et la promotion de la démocratie. Alors pourquoi, le Burkina ferait exception alors que les autres pays, tels le Togo, le Bénin, le Mali, la Côte d’ivoire et bien d’autres font voter leurs Diasporas ? Notre pays doit rentrer dans le moule. Il le faut. La Diaspora burkinabè a été trop longtemps frustrée par la privation arbitraire de son droit de vote par l’ancien régime qui avait peur du poids de cette Diaspora. Le nouveau pouvoir, pour donner définitivement le change et faire oublier qu’il est une ‘’survivance’’ de l’ancien,  doit réparer cette injustice qui n’a que trop duré.  D’ailleurs, un député de l’UPC qui était de passage en Côte d’Ivoire, il n’y a pas très longtemps, nous a donné la certitude que cette fois le pouvoir entend passer aux actes. Surtout que la loi y relative est déjà passée sur la table des députés et qu’il ne reste plus au président Roch  qu’à la promulguer. C’est une bonne nouvelle, me semble-t-il.

Propos recueillis  par René Ambroise Tiétié

 

 

 

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