Bernard Bonané fait partie des Burkinabè de la Diaspora qui ont su se faire une place au soleil. Et pas n’importe quelle place. Puisqu’il est Directeur général de International Tous Risques (ITR), une société de sécurité créée en 2000, qui a pignon sur rue et qui opère dans le domaine de la biométrie. Mais, comment en est-il arrivé là ?

Après des études classiques jusqu’à la classe de Terminale (niveau BAC), dans son Burkina natal, à l’époque Haute Volta, Bernard Bonané décide volontairement de tenter l’aventure. C’est ainsi que comme bon nombre de ses compatriotes, il prend la route de la Côte d’Ivoire. C’était en 1987. Il débarque à Abidjan et s’oriente dans le secteur de la sécurité physique. Puis, il crée sa propre boîte de sécurité électronique en 2000. Après des débuts difficiles, il s’oriente dans la biométrie et profite du boom du secteur numérique. C’est le début de ce qu’on peut appeler une ‘’ successtory. Aujourd’hui, son entreprise compte de nombreux employés, tous ‘’déclarés à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS)’’, précise-t-il avec un zeste de fierté que trahit son regard. La société a des filiales aussi bien à Ouagadougou, au Burkina ; à Dakar, au Sénégal qu’à Cotonou, au Bénin. Il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, puisqu’il a des projets d’expansion. Quand on lui demande s’il a gardé le contact avec la mère-patrie, le Burkina Faso, sa réponse est à la mesure de l’amour qu’il continue de porter à son pays d’origine. «Je n’ai pas rompu le contact. Au contraire, je m’y rends au moins une fois tous les 2 mois. Aussi bien pour voir les parents que pour raison professionnelle, puisque j’y ai une succursale, je l’ai dit», indique-t-il. Pour autant, le patron de ITR ne tarit pas d’éloges pour son pays d’adoption, la Côte d’Ivoire, auquel il reconnaît ‘’tout devoir’’. «Je ne remercierai jamais assez la Côte d’Ivoire qui m’a tout donné. Je suis reconnaissant aux Ivoiriens de leur hospitalité. Et, surtout, la Côte d’Ivoire nous a donné un style de vie qu’on n’aurait pas eu si on était resté au Burkina», confesse-t-il. Cependant, s’il est une chose qu’il déplore et qui est pour lui comme un ‘’crève-cœur’’, c’est l’inorganisation de la Diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire. «Forte de 3,5 millions de Burkinabè, si notre communauté était organisée elle serait une vraie force. D’ailleurs, je pense que ce chiffre est en deçà de notre vrai nombre», note Bernard Bonané qui croit connaître la raison de cette inorganisation. «Le problème des Burkinabè, c’est que chacun veut être chef ou leader ; chacun veut qu’on parle de lui ; Or, tout le monde ne peut pas être leader», déplore le DG de ITR. Il se réjouit, en revanche, de l’intégration de ses compatriotes qui ont su se ‘’mouler’’ dans la société ivoirienne. Il en veut pour preuve les mariages entre les deux entités. «Quand tu prends le registre de mariage au Consulat, tu remarqueras que sur 5 couples, 3 sont mixtes, ivoiro-burkinabè», rappelle-t-il avec une joie contenue. Qu’est-ce qui a amené à la politique cet opérateur économique, apparemment sans problèmes ? Le désir de changement exprimé par la majorité des Burkinabè avant la chute de l’ancien président Blaise Compaoré a compté, pour l’essentiel, dans la carrière politique de cet homme qui a été coopté comme le porte-parole de l’Union pour le Progrès et le Chagement (UPC) de Zéphirin Diabré. «Les Burkinabè avaient soif de changement et chacun l’exprimait ouvertement. Je me reconnaissais dans cette aspiration ; parce que j’estime que 30 ans au pouvoir pour un homme, c’était trop !», se souvient ce self-made-man. Mais pourquoi avoir choisi de militer au sein de l’UPC de l’ancien président du Conseil Economique et social sous le défunt régime ? «J’ai regardé les CV de tous les leaders politiques et j’avoue que seul le président Zéphirin Diabré a trouvé grâce à mes yeux. Il m’a convaincu et par son discours et par son parcours. C’est comme ça que je le contacte pour me mettre à la disposition de son parti. Il accepte l’offre et voilà, je suis aujourd’hui le porte-parole de l’UPC en Côte d’Ivoire», relate-t-il. Son regard sur le changement de régime. Il est sans appel. «Je pense qu’il y a eu maldonne, parce qu’il y a eu tout, sauf un changement. A la vérité, il y a eu un changement dans le système, mais il n’y a pas eu de changement de système ; puisque ceux qui sont au pouvoir ne sont pas de nouveaux hommes. Ils ont cogéré le pouvoir avec le président Blaise Compaoré et c’est lorsqu’ils l’ont lâché qu’il est tombé. Cela veut dire que c’est eux qui tenaient le système. Je ne comprends donc pas pourquoi le peuple burkinabè n’a pas été assez conséquent pour changer radicalement de gouvernance. C’est un paradoxe», analyse Bernard Bonané. Il croit pourtant qu’il y aura une redistribution des cartes en 2020, à la prochaine présidentielle, surtout avec le vote probable de la Diaspora burkinabè. L’UPC pourrait avoir son mot à dire, espère-t-il.
Bernard Bonané est marié à une Burkinabè bon teint et père de 3 enfants dont il n’est pas peu fier.

René Ambroise Tiétié

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