Au Bénin, l’essence frelatée se vend à tous les  coins de rues et les recettes générées font vivre des milliers de familles. En dépit des mesures d’interdiction prises par les gouvernements successifs depuis Mathieu Kérékou, ce commerce fait aujourd’hui partie intégrante de l’économie béninoise. Informateur.info a fait le constat.

A Cotonou, tout comme à l’intérieur du Bénin, le commerce de l’essence provenant de la contrebande fait partie des produits les plus disponibles que les clients peuvent se procurent sans aucun effort. Au moins chaque rue dispose d’une ou de plusieurs stands de fortune de vente d’essence frelatée  appelée dans le jargon béninois «Kpayo». Des stands en bois sont tenus à la fois par des hommes et des femmes qui exposent des bonbonnes de 5, 10 et 20 litres et manipulent à longueur de journée ce produit inflammable dans les rues.

Commerce bon marché en raison du coût du litre qui s’achète généralement entre 300 et 350 FCFA au lieu de 570 FCFA à la pompe dans les stations-services, cette activité occupe de nombreux Béninois. Et malgré son caractère illégal, maintes fois dénoncés et condamnés par le gouvernement, les vendeurs ne se gênent guère. La vente se fait donc au vu et au su de tous, aiguisant la curiosité des personnes qui découvrent pour la première fois ce commerce en pleine ville moderne. «C’est un mal nécessaire», commente Rosine Adjovi, enseignante de profession. Selon cette dernière, depuis  sa première moto, il y a dix ans jusqu’à ce jour, elle n’a jamais pris de l’essence dans une station service. «C’est vrai que cette essence est issue de la contrebande au Nigeria mais sa qualité est reconnue par tous.  Généralement, c’est cette contrebande qui approvisionne les stations-services», croit-elle savoir. Une information soutenue par de nombreux Béninois qui estiment même que si ce commerce de rue n’existait pas l’offre de l’essence au Bénin sera en deçà de la demande. Du coup les stations-services sont délaissées.

  • 80% du carburant se vend dans la rue

Dans notre randonnée dans la capitale et banlieue béninoises, nous avons pu constater de visu des véhicules officiels de l’Etat béninois s’approvisionner avec de l’essence pkoya. Ce qui atteste que ce commerce profite aussi aux hauts fonctionnaires de l’Etat béninois. Même les européens ne s’en privent pas. Du coup,  l’on comprend toute la complexité de la lutte contre cette activité illicite. Au Bénin,  tout le monde sait que la contrebande de l’essence provient du Nigéria voisin avec lequel le pays partage plus de 700 km de frontière. Une frontière poreuse qui donne lieu à toutes sortes de commence illégal moins visible que celui de l’essence. A Porto-Novo et dans les villages frontaliers avec le Nigéria,  le prix du litre de cette essence est encore plus réduit. Selon un petit trafiquant qui opère  à Porto-Novo, c’est à travers des bidons de 30 et  50 litres que l’essence entre sur le sol béninois. «Chaque jour, ce sont des milliers de bidons de 20 litres qui passent la frontière pour approvisionner  le marché béninois», révèle t-il. Un trafic sur lequel, selon ce dernier, la douane prélève des taxes au niveau de la décharge des cargaisons des barques qui arrivent par  la Rivière Noire (frontière). Soit 100FCFA par bidon. Toute chose que nous n’avons pas pu vérifier.

Dans cette zone du Bénin, le litre peut s’acheter entre 200 et 275 FCFA . En revanche,  nous avons constaté à Cotonou, à Bohicon et à Porto-Novo que les municipalités taxent ce commerce. Preuve que l’activité malgré son caractère illicite fait partie intégrante de l’économie béninoise. Elle participe incontestablement à la fois des recettes des collectivités locales et de l’Etat. C’est pourquoi l’on comprend difficilement l’absence d’un contrôle et d’un suivi de l’activité qui ne représente pas moins un danger pour les populations. Notamment,  les risques d’incendie et d’exposition aux fortes odeurs que dégagent ces produits. On se souvient que l’ex-président Yayi Boni s’est attaqué en vain à cette activité. Obligé de faire machine arrière devant la colère et les manifestations de rue de ceux qui vivent de ce commerce. Un monde dont le nombre reste indéterminé, à l’instar des chiffres d’affaires réels générés par ce commerce face auquel l’Etat est totalement impuissant. Et aussi longtemps qu’il le sera, l’essence frelatée aura des beaux jours devant elle. En dépit de sa dangerosité.

Alexandre Lebel Ilboudo, Envoyé spécial

Articles connexes

Leave a comment