A la faveur du 10ème anniversaire de l’attentat contre le Fokker 100 qui transportait Guillaume Soro, alors Premier ministre de Côte d’Ivoire, à Bouaké pour la cérémonie de réinstallation des Magistrats dans l’ex-zone assiégée, Touré Alpha Yaya  (Député-maire de Gbon) revient sur l’évènement et livre ses sentiments. Entretien.

LGP : Honorable, ce jeudi 29 juin 2017, sera célébré à M’Batta, à Bingerville, le 10ème anniversaire de l’attentat contre Guillaume Soro. Que vous rappelle cet évènement ?

Honorable Touré Alpha  Yaya : Merci pour l’opportunité que vous m’offrez de me prononcer sur cet évènement. Je pense  que si cet attentat avait atteint son but, la Côte d’Ivoire aurait sans doute connu une autre crise. Parce que le vide qu’aurait laissé la disparition de l’ancien Premier ministre (je touche du bois) aurait sans doute été comblé, au sein des Forces Nouvelles, par quelqu’un d’autre dont on ne connait pas forcément la personnalité. Aussi, rien ne nous dit que cette personne aurait conduit le processus de paix  avec le même brio que  Guillaume Soro dont le président Laurent Gbagbo  lui-même a dit qu’il a été son ‘’meilleur Premier ministre’’.

LGP : Qu’est-ce qui vous fait dire que le processus de paix aurait été mis à mal si cet attentat avait réussi ?

Souvenons-nous. Au moment où a eu lieu l’attentat, les relations entre Guillaume Soro et l’ancien président Laurent Gbagbo étaient au beau fixe. Après l’intermède du Premier ministre Charles Konan Banny dont les rapports avec Laurent Gbagbo étaient plutôt mitigés, on a tous été témoin de l’excellence des relations entre les deux têtes de l’exécutif d’alors. Je doute fort que ce soit le cas avec celui qui aurait pris la place de Guillaume Soro pour conduire le processus de paix.

LGP : Cela dit, pensez-vous qu’il soit opportun de célébrer cet évènement malheureux ?

Tout à fait. Je crois sincèrement que ceux qui ont décidé de commémorer cet évènement ont bien fait. Pour moi, ils sont dans le sens de l’histoire ; car, il est toujours indiqué pour tout peuple de se fixer des repères et des dates fondatrices qui les rapprochent davantage et fondent leur désir de vivre ensemble. Regardez les Etats-Unis d’Amérique. Qui pourraient reprocher aux Américains de commémorer le 11 septembre 2001 ? Et pourtant,  c’est une date qui leur rappelle de mauvais souvenirs (cette attaque a fait plus de 3000 victimes Ndlr). Cela vaut pour Israël qui commémore la Shoah qui marque la disparition de plus de six millions de juifs pendant la seconde  guerre mondiale.

Je peux multiplier les exemples à l’infini pour justifier le bien fondé de cette célébration qui ne doit pas intéresser seulement ceux qu’on pourrait qualifier de pro-Soro,  puisque c’est une affaire nationale. A l’évidence, la réussite de cet attentat aurait eu un impact négatif sur la vie de la Nation. C’est pour moi le lieu d’interpeller les Ivoiriens à ne pas se laisser enfermer dans le carcan réducteur des étiquettes qui veut qu’on qualifie un tel d’être pro ceci, tel autre d’être pro cela , toute chose qui clive davantage la société  qui a besoin de la cohésion et de l’unité de tous les Ivoiriens pour aller à l’émergence que nous promet le président Alassane Ouattara. J’en profite d’ailleurs pour dire ma déception de ne pas voir l’Etat commémorer avec faste  le 19 septembre 2002 qui est une date fondatrice pour nous tous.

LGP : Ne craignez-vous pas, Honorable, que, justement, l’on vous étiquette comme un pro-Soro, vu que, il n’y a pas longtemps, les initiateurs de l’Alliance du 3 avril vous ont cité au nombre des députés qui les soutiennent. Votre sentiment.

Laissez-moi rire (il éclate de rire). Dans ce pays, personne n’est donc plus  libre de dire ce qu’il pense sans s’attirer la foudre des censeurs ! C’est grave ! Veut-on qu’on revienne au règne de la pensée unique ? Je ne pense pas que ce soit ce que veut le président Alassane Ouattatra qui a mis l’enracinement de la démocratie au cœur de son magistère. Laissez donc les gens me coller une étiquette, cela ne m’empêche pas de dormir, croyez-moi. Quant aux initiateurs de  l’Alliance du 3 avril, je ne pense pas qu’il faille désavouer leur initiative puisqu’ils entendent œuvrer dans le sens de la réconciliation des Ivoiriens. Pourquoi donc les combattre, si tant est que tous, autant que nous sommes, nous soupirons après la réconciliation nationale que chacun appelle de ses vœux.

René Ambroise Tiétié (Lageneraledepresse.net)

 

 

 

 

 

 

 

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