Après avoir déclaré sur Afrique Media qu’en réalité, il n’y a pas encore eu de procès de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, en dépit de ce qui est rapporté par des médias internationaux, l’analyste politique André Silver Konan fait un développement plus poussé sur sa page Facebook, pour répondre au tollé que ses propos ont suscité.

A mon avis (et je peux me tromper), jusqu’à présent, il n’y a eu aucun procès de la crise postélectoale en Côte d’Ivoire, contrairement à ce qui se dit et lit. Jusqu’à présent aucune victime ivoirienne, comptant parmi les 3 000 morts, n’a reçu justice, sept ans après les faits. A part le procès du rapt du Novotel, impliquant des victimes non ivoiriennes, il n’y a pas encore eu de procès de la crise postélectorale. Aucune victime d’Abobo, de Duékoué ou de Yopougon n’a encore obtenu justice.

Il ne faut pas s’y méprendre. Les procès des Abéhi, Hubert Oulaye, Lida Kouassi, et autres, ce sont des procès, non de la crise postélectorale, mais des procès en rapport avec des menaces réelles ou supposées du pouvoir d’Alassane Ouattara (cf. atteinte à la sûreté de l’Etat). Ayons donc bien soin de faire la différence, il y a nuance.

De fait, une enquête a été menée par la Commission nationale d’enquête sur la période du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011. Les résultats détaillés de cette enquête dont le rapport a été remis au Président en juillet 2012, n’ont jamais été rendus publics. En juin 2011, une Cellule spéciale d’enquête (CSE) avait été créée, pour se charger des procédures judiciaires de la crise postélectorale. Sans qu’on ne voit ses résultats, en janvier 2014, la CSE a été reconduite et transformée en Cellule spéciale d’enquête et d’instruction (CSEI). Notez qu’en Côte d’Ivoire, on aime bien créer des structures, pour caser des copains, les résultats on s’en fiche et les résultats de la CNE sont là pour accréditer ma position. Je rappelle que ceci est une opinion personnelle et donc forcément subjective. Bref.

Rappelons qu’entre le 04 janvier et le 17 mars 2012, la CNE avait déployé 20 équipes d’enquêteurs, qui ont mené des investigations, dans 112 localités et ont interrogé 15 875 personnes, pour documenter, entre autres 3248 cas d’atteinte au droit à la vie, 8 441 cas de violations se rattachant au droit à l’intégrité physique et au droit à la sécurité de la personne, 15 583 cas atteintes au droit de propriété, 296 cas de torture, etc. Ce sont des chiffres couchés noir sur blanc, dans le rapport, je n’invente rien.

La CNE avait identifié les responsables présumés de ces assassinats, meurtres, viols, vols, etc. : « Les miliciens pro-Gbagbo, les FRCI, les FDS, les mercenaires, le Commando invisible, la Garde républicaine, la Fesci. Elles font également état de personnes en tenues militaires, les regroupements des forces non conventionnelles selon leurs affinités avec les deux principales forces belligérantes, font apparaître 1 452 cas de violations du droit à la vie attribués aux forces pro-Gbagbo et 727 cas aux FRCI, le reste étant mis à l’actif de diverses forces non conventionnelles » (écrit encore noir sur blanc, dans le rapport, je n’invente rien).

Aucun mandat d’arrêt n’a encore été délivré contre ces auteurs présumés, ni dans un camp, ni dans l’autre. Et cela fait six ans que les résultats de ce rapport dorment dans des tiroirs. Je répète donc : aucun procès n’a encore eu lieu en Côte d’Ivoire, qui soit en rapport avec la crise postélectorale. Bienvenue en Côte d’Ivoire, au pays de l’impunité !

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