S’il n’est pas le plus connu des journalistes de Côte d’Ivoire, il est certainement l’un des plus méritants. Bourreau de travail, humble, engagé, modèle d’abnégation et de don de soi, Alexandre Lebel Ilboudo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est, assurément, un exemple pour les jeunes générations.

 

Né le 22 avril 1978, à Marcory, Alexandre Lebel Ilboudo a commencé le métier de journaliste en janvier 2000 au défunt quotidien Le Populaire Nouvelle formule dirigé alors par l’actuel président de l’Autorité nationale de la presse (ANP), Raphael Lakpé qui l’a initié aux rudiments de la profession. Mais l’aventure avec Le Populaire Nouvelle Formule prend fin en 2002, lorsqu’il atterrit à Le Jour de Diégou Bailly, un autre dinosaure de la plume. Il n’y fera cependant pas de vieux os, puisqu’il est débauché en 2003 par l’ex-organe de presse Le Front qui défendait la cause de l’ex-rébellion. Le ministre Louis Dakoury-Tabley en était le promoteur.
En janvier 2008, Alexandre Lebel Ilboudo est recruté par le journal pro-RDR Le Patriote. Il y est promu Grand Reporter avec pour ‘’cahier de charges’’ de remporter, entre autres, des Prix d’excellence pour faire de Le Patriote déjà connu, un journal de référence. Et banco : en 2010, il décroche le prestigieux Prix CNN Multichoice de Meilleur journaliste d’Afrique francophone à Kampala, en Ouganda. Il est le 3ème détenteur de ce Prix en Côte d’Ivoire après Douh L. Patrice (en 2000) et Allah Kagni Alla (en 2004), tous de Fraternité Matin.

 

On remarquera qu’il est le 1er à l’avoir remporté au titre et pour le compte de la presse privée ivoirienne qui foisonne de titres. Depuis Alexandre Lebel, la Côte d’Ivoire est donc en attente d’un autre lauréat. Et cela fait huit ans que l’attente dure et perdure. Il est bon de savoir, pour être complet sur la question, qu’en 2010, il y a eu 2014 productions pour 763 journalistes-candidats au ‘’graal’’. Un record ! C’était le plus fort lot de prétendants jamais enregistré par ce concours international.

Le protégé de sa Majesté Naaba Baoogo II

Au plan national, ALI (un sigle dérivé des initiales de ses nom et prénoms) a été nominé aux Ebony 2011. Il a été classé 3ème au titre de la presse écrite. Il a ‘’rebeloté’’ aux Ebony 2013 et a, derechef, occupé le 3ème rang. Après ces deux participations qui lui ont laissé un goût d’inachevé et une sorte de frustration, il a décidé de passer la main. Il ne postule donc plus aux Ebony. Il estime avoir déjà donné et préfère laisser les autres, notamment, les plus jeunes, tenter leurs chances. On le sait, le journalisme et l’écriture sont ‘’voisins’’. ALI ne va donc pas faire mentir l’adage qui dit qu’en ‘’chaque journaliste sommeille un écrivain’’.

 

En 2011, il sort sa première œuvre ‘’Insurrection’’, un ‘’tableau synoptique de la crise ivoirienne’’, comme il aime à le rappeler lui-même. L’ouvrage est salué par la critique qui loue la justesse de l’observation et la pertinence de l’analyse. En 2014, suit un autre livre au ton non moins incisif et au titre évocateur (ô combien), ‘’Blaise Compaoré, à la croisée des chemins’’. Cet ouvrage quasi prémonitoire a été écrit quelques mois avant la chute du ‘’beau Blaise’’, victime d’une insurrection populaire les 29, 30 et 31 octobre 2014. Un ouvrage en deux, puisqu’il comprend aussi ‘’Alassane Ouattara, à l’épreuve du pouvoir’’, une peinture ‘’au vitriol’’ et sans concession de la gouvernance du mentor du RDR, désormais coupé de ses militants, ceux-là mêmes qui ont bravé l’adversité et souffert le martyr pour qu’il réalise le rêve de sa vie : l’accession à la magistrature suprême.

 

En 2015, sous la Transition cornaquée, pour l’essentiel, par Yacouba Isaac Zida, Chef de l’Etat, puis Premier ministre, Alexandre Lebel écrit ‘’Processus exclusif’’, un coup de gueule pour traduire sa déception après que le gouvernement a retoqué la promesse du vote des Burkinabè de l’Extérieur, alors que Yacouba Zida dont il a été un éphémère conseiller (pendant 21 jours) l’avait assuré du contraire.

 

En 2017, il décide de rendre hommage au Moogho Naaba, empereur des Moose, qui s’est entremis au plus fort des soubresauts qu’a connus le Burkina Faso, pour éviter une plus grande déflagration à son pays. ‘’ Sa Majesté Naaba Baoogo II, un médiateur naturel’’, le 4ème ‘’opus’’ du journaliste-écrivain Alexandre Lebel est une ‘’ode’’ à ce roi qui a su se fondre dans la modernité en gardant les deux pieds dans la tradition multiséculaire des Moose dont il est l’incontesté dépositaire. Impressionné par la qualité, mais surtout ému par l’intérêt que lui porte ce jeune homme désintéressé qui ne lui a pas demandé un ‘’sou’’ pour lui rendre cet hommage vibrant, Sa Majesté Naaba Baoogo II l’a adopté et le considère désormais comme son protégé et son ‘’fils’’.

– Un modèle d’abnégation et de don de soi

La même année, il sort son 5ème ouvrage, le dernier en date, ‘’Légitime ambition’’. Consacré à Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, ce livre fait le constat des vilénies, des avanies et autres ‘’mesures vexatoires’’ dont est victime ce dernier, aujourd’hui en butte à la méchanceté et à l’ingratitude de ceux dont il a défendu naguère la cause. Il prend donc fait et cause pour celui-ci et l’assume publiquement. Le mérite d’Alexandre Lebel Ilboudo n’est pas moindre. D’aucuns louent le courage de l’auteur qui ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Ce livre-témoignage est sorti le 08 mai 2017, pour respecter la date anniversaire de la naissance de Bogota.

 

Il faut noter qu’en décembre 2015, après son départ du journal Le Patriote, il crée le groupe de presse en ligne LebelEditions qui édite ses livres et les sites lageneraledepresse.net et informateur.info. C’est donc dorénavant un patron de presse. Mais pas que, puisque depuis longtemps amoureux de la terre, il a investi dans l’agriculture et possède une plantation de cacao et d’hévéa où il fait des ‘’incursions’’ les week-ends pour suivre ses manœuvres.
Esprit indépendant et jaloux de sa liberté, Alexandre Lebel est un ‘’rebelle’’ qui abhorre l’injustice, mais aussi l’hypocrisie, la médiocrité et la jalousie; c’est surtout un homme qui a la main sur le cœur, un humaniste. Mais il sait aussi être parfois ‘’rigide’’ et ‘’autoritariste’’ selon les circonstances. De lui, on pourrait dire, pour conclure, qu’il a su se donner les moyens de vivre sa passion. Il est marié depuis 20 ans et est père de cinq enfants dont 2 garçons.

 

René Ambroise Tiétié

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