Alexandre Lebel Ilboudo est journaliste, Grand reporter et écrivain. Il a publié son premier livre, un recueil de dix nouvelles en 2011 après un décanat dans la presse privée ivoirienne sanctionné par le Prix CNN Multichoice en journalisme d’investigation. L’un des prix les plus prestigieux en journalisme sur le continent africain. Depuis 2015, il créé un groupe de presse en ligne et se consacre pleinement à la littérature.

  • Vous avez déjà publié deux livres portant sur des personnalités, Blaise Compaoré et SEM Alassane Ouattara. Cette fois-ci c’est sur le roi des moose. Qu’est-ce qui explique ce goût pour les biographies portant sur de hautes personnalités ?

Je parlerai de passion journalistique parce que j’ai toujours considéré le style et la trame de mes livres comme un prolongement du journalisme en dehors des tabloïds. Le choix de ces deux personnalités s’est imposé à moi par le contexte. L’actualité au Burkina Faso en 2014, vous vous souviendrez, était dominée par le projet d’un référendum devant permettre de pérenniser le pouvoir Compaoré. Il y avait donc dans l’air des signes annonciateurs d’une fin de règne que j’ai voulu camper. Il m’est donc apparu important de rappeler d’où était parti Blaise Compaoré pour en arriver à la situation qui prévalait. D’où le titre «Blaise Compaoré,  à la croisée des chemins ».Je crois,  sur ce coup,  avoir eu le nez creux en lui rappelant Marc Lévy qui disait : «Partir n’est pas toujours un abandon, c’est aussi une façon de préserver ce qui a été vécu si l’on sait s’en aller avant qu’il ne soit trop tard». Malheureusement,  l’ex-président a préféré une sortie peu glorieuse.

Au même moment, du côté de la lagune Ebrié, on avait un autre chef d’Etat qui était à l’ouvrage. Il s’agit du président Ouattara qui tentait de rattraper le retard accusé par la Côte d’Ivoire après plus d’une décennie de crise qui a affecté tous les secteurs, notamment les fondements de l’économie. Il y a alors eu  une brusque rupture entre les dirigeants du RDR,  y compris le président lui-même,  d’avec la base militante. Les grands chantiers du chef de l’Etat n’ont pas été expliqués aux militants pour contenir leur impatience. Ces derniers se demandaient si c’était bien pour cet homme (Ouattara) qu’ils avaient payé un lourd tribut en l’aidant à se hisser au pouvoir. Naturellement,  cette situation m’a interpellé et j’ai écrit  cet essai  que j’ai intitulé «Alassane Ouattara à l’épreuve du pouvoir». Ce qu’il faut retenir de ce livre, c’est qu’Ouattara à l’épreuve du pouvoir, est devenu méconnaissable aux yeux de ses militants.

  • Pour écrire de tels livres, il faut connaitre profondément les sujets-personnages. Pensez-vous être bien informé à ce sujet ?

Je pense que je me suis plus appesanti pour l’un sur son parcours et pour l’autre sur sa gestion. J’ai puisé à la fois dans les faits et dans les confidences que j’ai pu glaner en tant que journaliste. Ma satisfaction aujourd’hui, c’est de savoir que ces deux personnalités m’ont lu sans trouver à redire.

  • Votre démarche, dans votre dernier livre, est de plaider en faveur de l’institutionnalisation du pouvoir du Naaba Boogo II. Pensez-vous sincèrement qu’il mérite cette couverture institutionnelle ? Quels sont vos principaux arguments ?

Il y a,  de prime abord la légitimité monarchique dont il jouit et qu’il ne vient à l’esprit de personne de remettre en cause. Cette donne historique est consacrée par la tradition. Puis, il y a l’unanimité (chose rarissime) qu’il fait au sein de la classe politique burkinabè. Majorité parlementaire comme opposition lui vouent respect et considération. Mais l’argument qui plaide le plus en faveur de la constitutionnalisation de cette entité, c’est le rôle de médiateur qu’il joue si bien et qui n’était pas sa vocation première. Dès lors, il sied qu’on lui confère un statut institutionnel.

  • Le Naaba Boogo II, selon ce que nous lisons dans votre livre,  est une personnalité de conciliation et de mesure. Mais rien ne prouve que son successeur s’inscrive dans cette philosophie. Un commentaire ?

Vous me posez là une excellente question. D’autant que l’histoire de la lignée du Moogo Naaba a révélé par le passé de redoutables guerriers mais aussi de grands sages. Naaba Baongo II s’est lui inscrit dans la seconde logique. C’est tout à  son honneur. Il est évident que son ou ses successeurs chercheront à faire mieux. Et il faut créer les conditions de cette continuité.

  • Si votre appel est attendu, l’institutionnalisation du Naaba Moogo ne peut-elle pas créer des frustrations dans d’autres régions du Burkina d’autant plus que sa Majesté est le souverain des seuls Moose ?

Du point de vue historique, ethnique et sociologique, le peuple moaga est apparu dans l’évolution du Burkina Faso comme un peuple dominant. C’est l’histoire qui a donc promu le Moogo Naaba. Même le colon ne lui a pas dénié cette posture. Il  en a d’ailleurs fait un allié. C’est un fait que j’ai décrit  et qui est accepté par tous. J’estime pour ma part que l’institutionnalisation du trône ne fera que le renforcer et  le pérenniser. Et ce que vous ignorez sans doute, c’est que tous les Burkinabè se reconnaissent et se retrouvent en lui. Dès lors, les frustrations dont vous parlez  sont à minimiser. Et c’est justement le vide juridique qui pourrait un jour conduire à cela.

  • Vous avez eu l’occasion de côtoyer cette personnalité, quelles ont été vos impressions ?

Vous avez vu que j’ai eu des mots fort élogieux à l’endroit de l’empereur dans ce livre. Ça pourrait paraître excessif pour qui ne l’a jamais rencontré. Mais le crédit ici se jauge à l’aune des convergences humaine, politique et culturelle vers sa personne. C’est tout simplement un homme exceptionnel. C’est un homme chaleureux, et ouvert. Ce qui m’a toujours séduit chez ce monarque,  c’est sa grande qualité d’écoute et sa grande disponibilité. Je peux vous dire que je suis heureux qu’il m’ait adopté comme un fils.

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