Après que la Cour pénale internationale (CPI) a refusé pour la énième fois la liberté provisoire à Laurent Gbagbo, son conseil Habiba Touré a accordé une interview à la chaîne britannique BBC dans laquelle, entre autres affirmations, elle laisse entendre que l’ancien président qui a résisté aux ‘’bombes’’ en 2011 ne peut ‘’fuir maintenant’’.

Une réaction à la décision des juges de la CPI qui ont excipé d’une éventuelle ‘’fuite’’ du célèbre pensionnaire ivoirien du pénitencier de Scheveningen, pour justifier ce énième refus de la liberté provisoire qui frappe celui-ci. A la vérité, ce refus est difficilement défendable du point de vue du droit, puisque l’argumentaire selon lequel ‘’le prisonnier pourrait fuir si on lui accordait la liberté provisoire parce qu’il a un large réseau de partisans qui pourraient le soustraire des ‘’griffes’’ de la justice en le cachant’’, est proprement surréaliste. Comme si, avoir des partisans constituait un ‘’délit’’. Quant à l’éventualité ou à la probabilité d’une ‘’fuite’’, il appartient à la CPI de prendre les dispositions nécessaires pour prévenir un tel risque.
En tout état de cause, bénéficier de la sympathie ou de l’empathie d’un grand nombre de personnes ne peut être opposé à un prévenu qui n’est quand même pas comptable de l’amour que les uns et les autres lui portent ou sont soupçonnés de lui porter. Cela dit, il ne serait pas inutile de faire un sort à l’opinion selon laquelle Laurent Gbagbo ‘’qui n’a pas fui sous les bombes’’, n’aurait aucun intérêt ‘’à fuir maintenant’’, comme a tenté de le faire croire Me Habiba Touré. On est là dans le champ du mythe. La réalité étant plus prosaïque. Certes, il n’a pas fui sous les bombes, mais où pouvait-il aller s’il en avait eu l’intention ? Il ne faut pas oublier que la Côte d’Ivoire était entourée de pays ’’hostiles’’ au régime d’alors qui avait réussi la gageure de se mettre à dos tous ses voisins. Résultat, il était contraint de rester dans son ‘’bunker’’ s’il voulait rester en vivant. Ce n’était donc pas du courage mais du réalisme.
A contrario, il pourrait ‘’fuir maintenant’’ pour échapper à la CPI qui semble s’acharner contre lui. Il peut d’autant le faire que le nombre des pays prêts à l’accueillir et qui pourraient le ‘’soustraire des griffes’’ de la Cour s’allonge chaque jour un peu plus ! Certains pays parmi eux ne cachent pas leur ‘’aversion’’ pour la CPI accusée de racisme. Dès lors, on ne peut totalement en vouloir aux juges de la Cour même si la raison qui fonde leur refus est sujette à débat. Mais, il se trouve que c’est eux qui décident du maintien ou pas du prévenu Laurent Gbagbo. Leur décision a donc valeur de ‘’loi’’, en attendant que la donne change.

René Ambroise Tiétié

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