Celait fait plus de 7ans que l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo est détenu à la Cour pénale internationale (CPI) pour, entre autres, crimes contre l’humanité et crimes de guerre en rapport avec la crise née de son refus de reconnaitre sa défaite au terme du scrutin présidentiel d’octobre-novembre 2010. Ouvert le 28 janvier 2016, après une interminable phase préliminaire, le procès du fondateur du FPI prend des allures de marathon judiciaire. Au grand désappointement de ses thuriféraires qui vivent les différents rejets de sa mise en liberté provisoire comme des drames. Et pourtant, une certaine presse n’a de cesse d’annoncer, par intermittence, avec une régularité de métronome, la libération provisoire du célèbre prisonnier du pénitencier de Scheveningen. Au point où cela a fini par prendre des allures de farce. Mais, aussi paradoxale que puisse paraitre cette ‘’pantomime’’ au goût acre, chaque fois, l’heureuse annonce est accueillie avec joie et ferveur par les ‘’aficionados’’ du Woody de Mama. Ah, le retour de Gbagbo, quel succès se serait si on en avait fait un tube ! Cela atteste, pour ceux qui en douteraient encore, la popularité dont jouit cet homme dont l’incarcération constitue, sans aucun doute, la plus grosse bourde du régime en place. Il est vrai que la présence de l’ancien Chef d’Etat sur le quadrilatère éburnéen aurait été difficile à gérer pour les tenants du pouvoir, mais tout bien réfléchi, cette difficulté est préférable à la situation de ‘’muette belligérance’’ à laquelle l’on assiste et qui rend difficultueuse la réconciliation des Ivoiriens qui fait du surplace, pour ne pas dire pis. Car, Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, ses partisans auraient été ‘’privés’’ de l’unique prétexte qui semble justifier leur refus de s’inscrire dans la dynamique ‘’réconciliatrice’’ enclenchée par le pouvoir, le maintien à la CPI de leur ‘’champion’’. Il est vrai qu’une prison en valant une autre, la détention prolongée de celui-ci en ‘’résidence surveillée’’ à Korhogo, aurait peut-être eu le même effet. Une occurrence qui pose avec une grave acuité la problématique du maintien en détention des partisans de Laurent Gbagbo, à commencer par l’ex-première dame, la pasionaria des frontistes, Simone Ehivet Gbagbo. Qu’est-ce qui justifie encore que le régime Ouattara maintienne tout ce beau monde en prison ? Comme si leur élargissement constituait une menace pour ce pouvoir qu’on dit ‘’indéboulonnable’’.
En tout état de cause, les autorités ivoiriennes devront clairement se déterminer par rapport à la réconciliation nationale. De deux choses l’une. Soit, le processus de réconciliation des Ivoiriens représente un enjeu majeur pour le retour de la paix, auquel cas, les prisonniers de la crise postélectorale devraient être libérés ; soit, ledit processus compte pour du beurre et alors le statu quo est amené à perdurer, avec les conséquences que l’on sait : belligérance larvée, défi permanent à l’autorité de l’Etat, provocations et autres outrages au Chef de l’Etat. Toute chose qui fragilise le climat social. Il est temps d’arrêter les frais !

Tassigny Auriol

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